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TWX-1 n° 790485
Pierre Devahif - Collection de microscopie (µZoo)
Collection de microscopie (µZoo)
Tourelle pour 3 objectifs - achromats 10x 0.25, 45x 0,63 et 90x 1,25 - monoculaire - oculaires 10x et 15x - condenseur 1.2 avec diaphragme à iris - mise au point grossière et fine - platine à mouvements croisés...
D’aucun·e·s parmi vous apprécieront le 0,63 tandis que, pour beaucoup d’autres, ces données techniques seront sans doute du chinois. (Et c’est le cas de le dire, comme cela apparaîtra bientôt.)
Il s’agit, en fait, des caractéristiques typiques d’un microscope optique bien équipé. Pour la routine en laboratoire, un binoculaire offre plus de confort… mais, dans certains cas, un tube simple est préférable. Par ailleurs, un quatrième objectif, faible, peut s’avérer utile… mais la combinaison 10-45-90 (ou 10-40-100) est classique depuis plus d’un siècle car elle couvre les besoins de la plupart des observations, entre autres en histologie, hématologie, parasitologie, bactériologie... Le champ des applications est fort large. Celles-ci ne sont pas citées au hasard.
Alors, quand toutes ces propriétés se retrouvent sur un instrument qui mesure seulement 13 cm x 11 cm x 5,2 cm et ne pèse guère plus de 700 grammes, on se doute qu’il doit s’agir d’un microscope "de terrain". Et pour cause…
Le modèle qui nous occupe a été pensé et fabriqué dans les décennies 1970-1980, à Taiyuan, capitale de la province du Shanxi, pour les hôpitaux de campagne de l’armée chinoise. C’est le "TWX-1". Il est resté confiné dans sa destination initiale sans jamais être commercialisé. Déclassés au début des années 2000, des exemplaires sont proposés d’occasion sur divers marchés ; ce n’est toutefois pas courant.
Le mode d’emploi qui accompagne en principe ces microscopes se présente sous forme d’un livret de 6 cm × 9 cm. Ses 18 pages contiennent 4 illustrations en noir et blanc, tramées grossièrement. Il est bien sûr rédigé en chinois (caractères simplifiés). Un petit certificat de conformité est glissé dedans. Y est repris le numéro de série gravé sur la face arrière de chaque instrument.
Si le TWX-1 a évolué au fil des quelques années de sa production, ce n’est qu’au niveau de son agencement interne qu’il a subi des modifications : fixations, usage de prismes ou de miroirs (cf. plus loin) … Son aspect extérieur est resté inchangé. Deux photos extraites de l’annonce d’une vente en ligne en 2009 permettent de constater la totale ressemblance entre un exemplaire de 1974 et celui en question ici, daté de 1979.
La visserie apparente rend facile l’accès aux composants intérieurs pour un éventuel réajustement, du reste peu probable. Un souci de robustesse a manifestement présidé à la réalisation de cet instrument, vu sa finalité. Le choix des matériaux l’atteste : des alliages légers, rien que du métal et du verre. Dans cette logique, le TWX-1 est livré avec un petit coffret de transport métallique très protecteur. Un rembourrage épais n’est pas nécessaire à l’intérieur : une couche de velours suffit, car ce coffret est parfaitement ajusté à la forme quasi géométrique du microscope qui vient s’y glisser sans jeu. Le couvercle ferme de façon étanche. Il est légèrement surélevé, laissant place à deux ampoules de rechange (cf. plus loin) et contient un bloc de mousse qui fait pression sur le haut du microscope pour l’immobiliser. Cette matière synthétique me paraît d’une facture plus récente que celle d’origine, dont il subsiste une petite quantité et qui a maintenant tendance à se désagréger. Je me demande si, au départ, ce qui empêchait ainsi le microscope de bouger n’était pas conçu de façon à pouvoir aussi contenir des piles de rechange. Il y a, en tout cas, place pour cela, mais je n’ai pas trouvé d’information à ce sujet. Le coffret est prévu pour être porté en bandoulière. Il mesure 14 cm de long (~16,5 avec les fermetures et passages pour une lanière), 6,2 cm de large et 12,3 cm de haut. Il pèse environ 280 grammes. Sa couleur vert militaire a quelque chose de naïf. L’ensemble microscope, deux piles et coffret pèse à peine plus d’1 kg.
Il existe d’autres microscopes d’un format ramassé assez semblable, à savoir parallélépipédique, de dimensions plus ou moins pareilles : le Nikon H (apparu en 1958), le Swift FM-31 et les McArthur, en version sophistiquée et version légère, simplifiée. (Obsolète aujourd’hui, cette dernière, tout en plastique, était vendue dans les années 1970 à un prix exceptionnellement bas, dans le cadre du programme britannique d’enseignement à distance Open University. Une copie du FM-31 a été mise sur le marché et est encore disponible.)
Les cinq microscopes précités offrent la possibilité appréciable de recourir, au choix, à deux modes d’éclairage : soit en captant, grâce à un miroir, la lumière naturelle ou celle de toute source externe, soit grâce à une ampoule interne. (Dans le cas du FM-31, c’est par le biais d’un petit boîtier qui s’ajoute au microscope, lui enlevant un peu de sa compacité.)
Deux piles AA trouvent place dans la partie basse du TWX-1. L’ampoule est du type E10 avec lentille convergente, typique des lampes de poche avant l’ère LED. Un petit filtre de conversion bleu est prévu sous le condenseur ; il peut être escamoté, notamment pour les observations à la lumière du jour.
Dans les cinq modèles mentionnés, le trajet des rayons lumineux entre l’objectif et l’oculaire est brisé grâce à des miroirs ou des prismes. « Folded optics », disent les anglophones. De sorte qu’au total, la longueur de tube, quoique se trouvant contenue dans un volume réduit, est de 160 mm, conformément à la norme en vigueur à l’époque pour la plupart des microscopes, y compris ceux de laboratoire. (C’est encore le cas actuellement pour beaucoup de microscopes d’étude.)
Des oculaires à la norme RMS, c’est-à-dire conçus pour un diamètre intérieur de tube de 23,2 mm, sont utilisables sur le TWX-1. Ceux fournis avec le microscope sont équipés d’un pas de vis qui les maintient en place en toute circonstance. "Ceux" au pluriel, parce que, outre le 10x de base positionné pour l’emploi, un 15x trouve place au-dessus du compartiment des piles où il est aussi maintenu vissé, un ingénieux système à ressort permettant de l’extraire facilement. Les coefficients de champ annoncés par le fabricant sont plutôt modestes et se vérifient : 13,6 et 9,3.
Sauf le bienvenu oculaire supplémentaire, les McArthur "pro", Swift FM-31 et Nikon H offrent davantage de possibilités que le TWX-1. Ils peuvent même être équipés pour le contraste de phase et les gammes d’objectifs disponibles sont plus étendues, incluant par exemple le grossissement 20x. Un dispositif photographique peut être fermement associé à ces microscopes, avec une bonne stabilité dans le cas du Nikon, l’ensemble donnant d’excellents résultats. Par contre, ces modèles des trois marques sont tous basés sur le principe du microscope inversé, ce qui, pour un usage de terrain surtout, peut compliquer les choses. Le TWX-1, lui, ne présente pas ce relatif inconvénient, mais il est limité aux observations par transparence en fond clair.
Ses objectifs ont des ouvertures numériques classiques pour des achromats. La qualité est au rendez-vous : netteté satisfaisante sur l'ensemble du champ observé (lequel n'est pas très large, il est vrai, mais du coup l'impression d'ensemble est plaisante), bon contraste, bon pouvoir séparateur. Le 45x résout Amphipleura pellucida en perles, comme on disait anciennement. Il est hélas difficile de bien en rendre compte, l'architecture du microscope ne permettant pas d'y adapter convenablement un système photographique quel qu'il soit.
Qu’en est-il, enfin, au point de vue de l’ergonomie ? À l’instar des autres microscopes de terrain évoqués, si bien pensé et si soigneusement fabriqué qu’ait été le TWX-1, si précis soient ses mécanismes, la petitesse des composants et des commandes, surtout, rend évidemment les manipulations moins aisées que dans le cas de microscopes ordinaires. Sa configuration particulière impose en outre une position moins confortable pour observer. L’habitude aidant, on arrive néanmoins à en tirer le meilleur.
Bref, le TWX-1 est un microscope d’origine – disons – pittoresque et d’apparence inhabituelle. Il est compact, facile à transporter, efficacement protégé pour cela, robuste de surcroît. Pour la microscopie en fond clair, son équipement lui confère les performances d’un microscope d’étude ou de laboratoire. L’oculaire 15x peut utilement s’associer aux objectifs 10x et 45x. L’objectif 90x à immersion homogène permet des observations à fort grossissement. La qualité optique ne laisse en rien à désirer.
Un parfait petit bonheur, tant pour les collectionneurs que pour les naturalistes intéressés par la microscopie.