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La Jacinthe de Massart, un hommage local (Hyacinthoides x massartiana Geerinck)

Laurence Belalia - Jardin Botanique Jean Massart

Jardin Botanique Jean Massart

C’est le printemps ! 

JM




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Fig 1. La jacinthe de Massart (Hyacinthoides x massartiana) au Jardin botanique Massart (à gauche) ; Sous-bois possédant une population mixte d'espèces de jacinthes (à droite)

 

Le Jardin botanique Jean Massart refleurit et, parmi les espèces vernales des sous-bois, vous ne pourrez manquer les jacinthes, plantes vivaces bulbeuses qui forment de vastes tapis de fleurs bleu-mauve en forme de clochettes pendantes. 

Dès l’entrée du Jardin, sous le petit bosquet à droite, le visiteur attentif remarque une population de jacinthes qui se distingue par un mélange de fleurs mauves, blanches et roses (Fig. 1). En y regardant de plus près, on constate que deux espèces coexistent ; l’une d’elles domine et mérite une attention particulière : il s’agit de la jacinthe de Massart (Hyacinthoides x massartiana) (Fig. 1). 

Cette espèce, appelée également « Endymion des jardins », est un hybride naturel entre l’espèce sauvage indigène en Belgique Hyacinthoides non-scripta ou jacinthe des bois et Hyacinthoides hispanica, la jacinthe d’Espagne cultivée dans les jardins.  

Hyacinthoides hispanica (Mill.) Rothm. X Hyacinthoides non-scripta (L.) Chouard ex Rothm. => Hyacinthoides x massartiana Geerinck 

 

En botanique, on dit qu'elle est « naturalisée ». Elle est née de la rencontre accidentelle entre la jacinthe des bois (sauvage) et la jacinthe d'Espagne, introduite pour l'ornement. Elle se reproduit seule et s’est installée durablement dans la nature. 

Découverte à Boitsfort et Auderghem, l’Endymion des jardins a été décrit et nommé en 1996 par Daniel Geerinck, botaniste belge passionné de dendrologie et collaborateur scientifique à l’ULB. Le nom d’espèce « massartiana » a été attribué en hommage à Jean Massart, célèbre botaniste à l’initiative du Jardin botanique qui porte son nom. Sa vie et son œuvre y ont fait l’objet d’une exposition de plein air en 2025, à l’occasion du centenaire de sa disparition. 

 

Comment distinguer la jacinthe de Massart ? 

Comme c’est souvent le cas avec les hybrides, la reconnaissance n’est pas toujours aisée car la jacinthe de Massart présente des caractéristiques intermédiaires à celles de ses parents.  

Il s’agit d’une plante herbacée vivace possédant 3 à 6 feuilles par bulbe. Ses feuilles, linéaires, longues de 30 à 50 cm, sont plus larges que celles de la jacinthe sauvage (jusqu’à 40 mm).  

Ses fleurs mauves, mais aussi roses ou blanches, sont portées au sommet de la tige et dirigées plus souvent de tous côtés alors que, chez la jacinthe des bois, l’inflorescence, généralement d’un mauve soutenu, est penchée au sommet, toutes les fleurs pendant du même côté (Fig. 2). 

Les fleurs en forme de clochettes sont ici également plus larges et les anthères (organes contenant le pollen) sont bleuâtres au début de la floraison. 

Son parfum est beaucoup plus discret que celui de la jacinthe des bois.
 

JM

JB


Fig 2. Comparaison de la jacinthe de Massart (à gauche) et de la jacinthe des bois (à droite)  

 

Comment nomme-t-on les espèces ? 

Les espèces sont nommées selon un système universel appelé « nomenclature binominale », mis au point par le naturaliste Carl von Linné au XVIIIe siècle.  

Ce système repose sur l'utilisation de deux mots en latin (ou latinisés) écrits en italique 
       - tout d’abord, le nom du Genre, qui commence toujours par une majuscule ; le Genre regroupe des espèces possédant des caractéristiques communes : ici, il s’agit de Hyacinthoides; 
       - le second mot correspond à l’espèce ; il s'écrit toujours en minuscules, même s'il dérive d'un nom propre, comme pourmassartiana. Il est choisi par la personne qui décrit l'espèce pour la première fois. Ce choix n'est cependant pas aléatoire ; il doit suivre les règles du Code international de (ICN). 

Dans le cas des hybrides, on rajoute un signe x entre le genre et l’espèce pour indiquer qu’il s’agit d’une espèce issue d’un croisement. On indique également le nom (souvent abrégé) de la personne qui a décrit l’espèce : on trouvera ainsi souvent uniquement « L. » pour Carl von Linné, qui a décrit de nombreuses espèces. 

Dans le cas qui nous occupe, le nom est donc Hyacinthoides x massartiana Geerinck. 

Notons qu’en botanique et en zoologie, la tradition veut qu'un chercheur ne s'honore pas lui-même. Si vous découvrez une nouvelle espèce, vous avez le privilège de la nommer, mais vous devez choisir le nom d'une autre personne (un mentor, un collègue, un proche) ou une caractéristique de la plante. 

Exemples selon des :  


       - Caractéristiques physiques => Nymphaea alba : nénuphar blanc 
       - Habitat => Anemone sylvestris : anémone des bois 
       -
 Usage => Calendula officinalis : souci officinal. 

 

La publication d'une nouvelle espèce est un processus rigoureux qui transforme une simple observation en une réalité scientifique reconnue mondialement. 

La description détaillée s’accompagne d’un échantillon physique de référence, appelé « holotype » : il s’agit le plus souvent d’une plante séchée en herbier. 

L’holotype correspondant à la jacinthe de Massart est conservé à l’Herbarium du jardin botanique de Meise (Fig. 3). 

Holotype JM

Fig 3. Holotype de la jacinthe de Massart (Hyacinthoides x massartiana) conservé à l’Herbarium du jardin botanique de Meise

 

Mis à jour le 15 avril 2026